En France, près d’un enfant sur deux partage le lit parental au moins occasionnellement avant l’âge de six ans, selon l’Inserm. L’Académie américaine de pédiatrie recommande pourtant de faire dormir les enfants dans leur propre lit dès l’âge d’un an, alors que certaines cultures valorisent la proximité nocturne jusqu’à l’adolescence.Les parents se heurtent à des avis contradictoires, entre attentes médicales, habitudes familiales et besoins affectifs de l’enfant. Les difficultés d’endormissement autonome figurent parmi les motifs de consultation les plus fréquents en pédiatrie du sommeil.
Pourquoi certains enfants refusent de dormir seuls : comprendre les origines du besoin de proximité
Le moment du coucher n’a rien d’anodin pour un enfant. Il porte avec lui toute une série d’émotions et de besoins. Sentiment de sécurité, anxiété de séparation, peur du noir : chaque foyer invente ses rituels pour apprivoiser cette traversée de la nuit. Les spécialistes l’affirment : le pic de l’angoisse de séparation se situe entre 8 mois et 3 ans. Impossible, à cet âge, de concevoir que l’absence d’un parent n’est que temporaire ; la présence rassurante devient alors indispensable pour oser plonger dans le sommeil.
Et, de nuit en nuit, les monstres imaginaires débarquent dans la chambre, attisant les craintes. Cette galerie d’ombres donne corps aux peurs de l’enfant, notamment celle de rester seul dans le noir. Les réveils nocturnes s’enchaînent et toute la famille vit au rythme de ses angoisses nocturnes. En quête de réassurance, l’enfant réclame une caresse, un chuchotement, la simple certitude que tout va bien là, tout de suite.
Quelques chiffres donnent une idée concrète de ces besoins :
- La peur du noir concerne près d’un tiers des enfants de trois à six ans.
- Les demandes de dormir avec les parents augmentent en période de bouleversement, qu’il soit familial ou lié à l’école.
- Selon l’Inserm, près de 20 % des enfants d’âge préscolaire vivent des troubles du sommeil (insomnie, cauchemars…).
Refuser de dormir seul n’a rien d’un caprice, ni d’une simple question d’attachement. Ce comportement puise dans un besoin de sécurité intérieure, qui s’affine progressivement, à mesure que l’enfant gagne en autonomie pendant la nuit. À chaque famille ses défis, ses souvenirs, ses stratégies pour rassurer l’enfant et accompagner ce temps de séparation.
La question du sommeil partagé : avantages, limites et idées reçues
Le sommeil partagé, qu’on appelle aussi cododo, est loin d’être une tradition marginale : il existe dans de nombreux pays et s’adapte aux usages. En France, le débat reste vif entre partisans de la proximité et ceux qui privilégient l’établissement de l’autonomie au lit. À l’échelle de la planète, l’influence du milieu familial est déterminante : là où ailleurs on dort volontiers tous ensemble, la société occidentale valorise souvent l’indépendance nocturne comme un passage obligé.
Le cododo offre des avantages palpables chez certains jeunes enfants. Se blottir contre un parent réduit l’inquiétude, simplifie l’endormissement et calme bien des frayeurs, c’est particulièrement marqué chez les tout-petits. Les recommandations internationales invitent à faire partager la chambre, mais non le lit, durant les premiers mois pour des raisons de sécurité. Plus tard, l’influence du cododo sur la qualité du sommeil varie vraiment selon les histoires personnelles.
Mais ce mode de partage nocturne montre aussi ses revers. L’enfant habitué au lit parental peut avoir du mal à tomber dans le sommeil seul, multiplier les réveils ou compliquer la vie de couple. Déménager dans sa propre chambre demande alors un réel effort d’adaptation et davantage de temps.
Des stéréotypes persistent : il n’est pas prouvé qu’un enfant dormant avec ses parents soit condamné à rester dépendant, ni qu’une séparation nocturne aurait un impact négatif sur le lien parents-enfant. Chaque mode de faire le lit se dessine à la croisée des besoins, des convictions, du tempérament de l’enfant et de l’ambiance du foyer.
Comment accompagner la transition vers l’endormissement autonome
Devenir capable de s’endormir seul marque une étape qui ne s’impose pas. Les enfants progressent chacun à leur rythme, tributaires de leurs expériences, du climat familial, du sentiment de sécurité affective ressenti. Ceux qui sont plus sensibles à la distance peuvent voir la séparation du soir réveiller anxiétés et résistances, tandis que d’autres acceptent plus vite ce changement.
Le rituel du coucher, c’est la clef. Instaurer une routine rassurante, une histoire, une berceuse, une lumière douce, pose des repères solides. L’objet transitionnel (doudou, peluche ou couverture fétiche) aide à franchir le cap, offrant un peu de présence en plus. La veilleuse, quant à elle, calme ce qui surgit dans le noir et rassure contre les peurs qui affluent.
Voici quelques pistes concrètes pour soutenir cette autonomie nocturne :
- Stabiliser les habitudes : fixer des horaires de coucher, répéter les mêmes gestes et garder l’environnement prévisible.
- Valoriser chaque étape : saluer les petits progrès, même aimanter un sourire pour chaque nuit gagnée.
- Laisser le temps au temps : certains enfants seront plus lents à franchir ce cap, et cela demande parfois d’ajuster son accompagnement.
Si le coucher vire au bras de fer ou que la séparation se mue en source d’angoisse pour l’enfant, faire appel à un professionnel comme un psychologue peut véritablement aider. Jamais il ne s’agit d’imposer la solitude nocturne, mais bien d’écouter, de soutenir et de construire peu à peu un climat qui apaise et donne confiance en son propre lit, même porte fermée.
Conseils pratiques pour aider votre enfant à s’endormir sereinement dans sa chambre
Une chambre, ce n’est pas juste quatre murs : c’est le cocon dans lequel un enfant invente son rythme et se sent protégé. Une décoration sobre, loin des objets en trop grand nombre ou des couleurs trop vives, aide à trouver le calme. Choisir un lit adapté à sa taille, lui permet de s’y lover avec confiance. Miser sur un matelas ferme garantit un soutien fiable pour traverser la nuit sans inconfort.
La température de la chambre joue un rôle précis dans l’endormissement : essayez de rester entre 18 et 20°C. Une petite veilleuse peut suffire à atténuer les appréhensions, accompagner les premières nuits sans éclat de peur. Certains enfants dorment mieux dans le silence ; d’autres auront besoin d’un bruit blanc tout doux pour masquer les sons du dehors.
Le rituel du coucher doit marquer une coupure claire avec l’agitation du jour. Toilette, histoire, câlin, toujours dans le même ordre : cette prévisibilité réduit l’inquiétude à l’heure de dormir. Bannir les écrans en soirée protège le cycle du sommeil. L’atmosphère doit rester posée, enveloppante, pour favoriser le relâchement.
| Élément | Recommandation |
|---|---|
| Matelas | Ferme et adapté à l’âge |
| Température | 18-20°C |
| Lumière | Douce, veilleuse si besoin |
| Bruit | Absence de bruit ou bruit blanc léger |
Installer de vrais repères, garder la régularité, offrir à l’enfant un cadre stable : tous ces gestes, répétés soir après soir, bâtissent la confiance et favorisent un sommeil paisible. Plus qu’une victoire sur la nuit, chaque moment passé à accompagner ce passage prépare les enfants à grandir, lucides et rassurés, bien décidés à affronter leur chambre, et peut-être bien d’autres aventures, portes closes ou grandes ouvertes.


