94 %. Ce n’est pas un score d’examen, mais le taux vertigineux d’adolescents des pays développés qui, selon l’OCDE, s’appuient chaque jour sur un outil numérique pour apprendre. Pourtant, à Tokyo, des écoles publiques misent sur le retour des manuels papier, convaincues qu’il y a là un remède à la dispersion. Pendant ce temps, une étude de l’Inserm révèle en France que la mémorisation varie grandement selon le support utilisé, tandis qu’au Danemark, l’introduction d’applications interactives en cours d’éducation physique ravive l’engagement des élèves. Les effets des écrans, sur le plan cognitif et social, ne se ressemblent pas d’un pays à l’autre, ni même d’une salle de classe à l’autre.
Supports numériques et apprentissage chez les jeunes : état des lieux et évolutions récentes
Les technologies numériques redessinent sans détour la façon dont enfants, adolescents et jeunes adultes abordent l’apprentissage. L’étude #BornSocial2024 le dit sans détour : 75 % des 10-11 ans fréquentent au moins un réseau social comme TikTok, YouTube ou Snapchat. Cette précocité bouleverse la transmission du savoir, plongeant l’apprentissage dans une dynamique de connexion permanente. L’arrivée en force de smartphones et de tablettes est perçue à la fois comme une chance de dynamiser la motivation et, paradoxalement, comme une source de sollicitations à tout-va.
L’Institut Karolinska et l’Oregon Health & Science University ont suivi 8 324 enfants âgés de 10 à 14 ans sur quatre ans. Conclusion des chercheurs, publiée dans Pediatrics Open Science : il existe un lien entre usage des réseaux sociaux et augmentation des symptômes d’inattention, alors que télévision et jeux vidéo ne montrent pas d’effet similaire. Notifications, messages instantanés… chaque vibration fragmente l’attention, sans pour autant que les enfants déjà fragiles soient plus attirés que les autres par ces plateformes.
Face à ce quotidien hyper-connecté, les familles tâtonnent. Plusieurs choisissent des solutions de contrôle parental comme Kaspersky Safe Kids, signe tangible d’une inquiétude grandissante pour l’équilibre entre autonomie numérique et préservation de la santé mentale. La recommandation de l’Académie américaine de pédiatrie d’ajuster le temps d’écran à l’âge sert de point de repère, mais son application varie du tout au tout selon l’environnement familial ou l’école.
La question n’est plus d’intégrer ou non les outils numériques dans les classes, mais comment le faire sans perdre en qualité d’apprentissage. L’accès à l’information n’a jamais été aussi large, mais la capacité à se concentrer, organiser et hiérarchiser devient un défi. Les études invitent à trouver un dosage précis entre innovation pédagogique et exigences sanitaires, pour éviter que l’écran ne devienne l’ennemi de l’attention.
Quels effets cognitifs et sociaux des écrans sur les enfants ?
L’exposition précoce aux écrans imprime sa marque sur le développement cognitif et social des plus jeunes. D’après les travaux de l’Institut Karolinska, seul le temps consacré aux réseaux sociaux s’accompagne d’une progression des troubles de l’attention, là où la télévision ou le jeu vidéo restent en retrait. Les notifications et messages poussent à passer constamment d’une tâche à l’autre, nuisant à la capacité de se concentrer sur le long terme. Selon la revue Children, un usage intensif du numérique peut perturber le développement des fonctions exécutives : mémoire de travail, gestion de l’attention, prise de décision.
Voici les principaux impacts recensés par les chercheurs :
- Une forte exposition aux écrans va souvent de pair avec l’apparition de symptômes dépressifs, d’anxiété et de troubles du sommeil.
- La sédentarité induite favorise l’installation de pathologies chroniques telles que le diabète, l’obésité ou encore les douleurs musculosquelettiques.
La lumière bleue, émise par les écrans, diminue la production de mélatonine et compromet la qualité du sommeil. Mais les conséquences dépassent largement la sphère individuelle. Un usage massif des réseaux sociaux expose à des difficultés d’estime de soi, à la pression de normes corporelles irréalistes, à la cyberintimidation et à la désinformation. L’OMS rappelle que plus d’un milliard de jeunes s’exposent à un risque de perte auditive en raison d’une écoute prolongée à volume élevé sur leurs appareils.
Entre tentation du tout-écran et volonté de préserver la santé, familles et éducateurs avancent sur une ligne de crête, conscients que la gestion du temps devant les écrans est devenue un pilier de l’équilibre collectif.
L’éducation physique à l’ère du digital : la technologie peut-elle stimuler la motivation des élèves ?
L’arrivée des applications de suivi d’activité physique chamboule la manière dont les élèves vivent l’éducation physique. Dans de plus en plus d’établissements, on teste ces outils capables de mesurer le mouvement, fixer des objectifs et suivre les progrès en temps réel. L’idée est simple : transformer les séances de sport en expérience interactive, alignée sur les attentes d’une génération habituée à la réactivité immédiate.
Sur le terrain, les enseignants voient émerger de nouveaux leviers d’engagement : données personnalisées, feedback immédiat. Montrer ses résultats, comparer ses performances, s’auto-évaluer : autant de dynamiques qui poussent même les élèves les plus réticents à l’effort à s’impliquer davantage. L’application ne sanctionne plus, elle valorise la progression.
Les observations des équipes éducatives mettent en lumière plusieurs tendances marquantes :
- Les élèves dotés d’un suivi numérique déclarent se sentir plus autonomes.
- Ceux du groupe expérimental pratiquent plus régulièrement une activité physique.
Les professionnels de santé s’appuient aussi sur ces outils connectés pour encourager des habitudes actives sur le long terme. Dossiers médicaux en ligne, consultations à distance : tout un accompagnement sur-mesure se met en place, à la frontière entre prévention et apprentissage. Si la technologie ouvre la voie à de nouvelles formes de motivation, son impact dépendra toujours de l’équilibre entre encadrement, pédagogie adaptée et appropriation par les jeunes eux-mêmes.
Demain, restera-t-il une frontière nette entre écran et terrain de sport, entre apprentissage connecté et concentration profonde ? La génération qui grandit aujourd’hui surfe sur cette ligne de crête, et c’est là, dans cette tension, que se joue l’avenir de notre rapport à la technologie.


