10 % des enfants ne marchent pas avant 18 mois. Pourtant, la vaste majorité d’entre eux ne présente aucune pathologie. À contre-courant des repères traditionnels, la marche tardive s’invite dans bien des familles, portée par des facteurs génétiques ou parentaux qui bouleversent les certitudes. D’un cabinet de pédiatre à l’autre, les recommandations fluctuent ; le seuil du « retard » devient sujet à débat et alimente l’incertitude.
Pressions sociales, attentes médicales, inquiétudes parentales : la marche tarde parfois à venir, et chaque famille cherche à comprendre ce qui relève du normal, de l’atypique ou de l’alerte. Entre bénéfices insoupçonnés et points de vigilance, la marche tardive soulève des questions qui dépassent les statistiques et invitent à regarder de plus près la diversité du développement moteur.
Comprendre le rythme naturel de la marche chez les bébés
La marche n’apparaît jamais par magie. Elle résulte d’un enchaînement subtil d’étapes motrices, entamé dès les premiers mois de vie. Entre 10 et 18 mois, la plupart des enfants se lancent ; mais ce calendrier n’est ni universel, ni rigide. Le développement moteur se bâtit sur la maturation conjointe du système nerveux, de l’ossature et de la musculature. Tant que ces fondations tiennent bon, l’enfant avance à son propre rythme, parfois plus lentement, parfois avec un élan précoce.
Pour accéder à la marche, il faut bien plus que de la volonté. L’équilibre, le tonus musculaire et la motricité globale doivent s’accorder. Plusieurs paramètres rendent ce passage plus fluide :
- Une motricité libre, qui laisse l’enfant explorer sans entrave,
- Un environnement à la fois sécurisé et stimulant,
- Des occasions de bouger variées et adaptées,
- Des encouragements sans pression,
- La possibilité de marcher pieds nus ou avec des chaussures souples.
Quand un enfant multiplie les essais, se redresse, perd l’équilibre et recommence, il se construit une confiance motrice solide. Ces micro-expériences quotidiennes forgent la motivation et ouvrent la voie à l’autonomie.
Certains contextes, à l’inverse, freinent l’envie de se lancer. Un entourage anxieux, une surprotection excessive, des dispositifs qui limitent les mouvements (parc, transat, trotteur), ou des chaussures rigides, brident la découverte. La marche s’inscrit dans un ensemble : chaque enfant progresse à sa manière, et ce parcours mérite d’être envisagé dans toute sa singularité.
Pourquoi certains enfants marchent plus tard : entre diversité et signaux à surveiller
On parle de retard de la marche lorsque l’enfant ne marche pas seul après 18 mois. Mais derrière cette définition, la réalité est nuancée. L’hérédité, le gabarit, la prématurité, le tempérament d’observateur ou un attrait prononcé pour le langage influencent ce rythme. Certains enfants préfèrent perfectionner d’autres compétences avant d’oser la verticalité. Le rôle de l’environnement reste décisif : peu d’espace, stimulation limitée, usage fréquent du trotteur ou du parc, tout cela peut freiner la prise d’initiative.
Les causes d’une marche tardive sont multiples. En voici les principales :
- Troubles neurologiques (comme une paralysie cérébrale ou une hypotonie congénitale),
- Troubles orthopédiques (tels que la dysplasie de la hanche ou certaines myopathies),
- Maladies génétiques ou métaboliques rares.
Un manque de stimulation ou une protection parentale trop marquée peuvent accentuer le retard. La prématurité, la présence d’antécédents familiaux ou un poids élevé à la naissance jouent aussi un rôle non négligeable.
Il existe certains signaux qui méritent une attention particulière : si l’enfant n’acquiert pas d’autres compétences motrices (s’asseoir, ramper), si les progrès s’interrompent brusquement, ou si la marche tarde en même temps que le langage ou la motricité fine, il convient d’en parler à un professionnel. Le regard global sur le développement aide alors à cerner la situation et à définir la suite à donner.
Accompagner son enfant avec bienveillance et savoir quand consulter
Lorsque la marche tarde à s’installer, la comparaison avec les autres enfants s’impose souvent, parfois à contrecœur. Pourtant, chaque parcours moteur est unique. Les parents peuvent accompagner leur enfant en créant un climat de confiance, en encourageant sans forcer et en proposant de vraies occasions d’expérimenter. L’idéal : laisser l’enfant explorer, s’entraîner pieds nus ou avec des chaussures souples, multiplier les jeux d’équilibre et les déplacements improvisés.
À l’inverse, un recours systématique au trotteur, au parc ou au transat freine la découverte du corps et du mouvement. Mieux vaut un espace aménagé où l’enfant peut essayer, tomber, recommencer à volonté. Les professionnels de santé, pédiatres, généralistes, kinésithérapeutes, psychomotriciens, évaluent la progression lors des consultations. Le pédiatre, lors des examens réguliers, repère d’éventuels retards et oriente, si besoin, vers des investigations ou un accompagnement adapté.
Certains signaux doivent pousser à consulter rapidement :
- La marche autonome n’apparaît pas après 18 mois,
- Les acquisitions motrices régressent,
- Des troubles du langage ou de la motricité fine s’ajoutent au retard.
L’enfant peut ressentir de la frustration, se sentir mis à l’écart face à des camarades plus avancés ; les parents, eux, vivent parfois un mélange d’inquiétude et de culpabilité. Valoriser chaque progrès, s’informer auprès de sources fiables et solliciter l’avis d’une équipe pluridisciplinaire, si nécessaire, sont autant de leviers pour traverser cette période avec confiance.
La marche ne se résume jamais à une date sur un carnet de santé. C’est l’histoire d’un équilibre qui s’invente pas à pas, entre hésitations et élans, et qui finit toujours par tracer son chemin.


