24 % des adultes regrettent de ne jamais avoir parlé ouvertement de la mort avec leurs grands-parents. Voilà un chiffre qui en dit plus long qu’un roman sur le silence, l’absence de mots, et ce qu’on laisse en suspens dans les familles lorsque la vie bascule. Sans bruit, le deuil s’invite et tout vacille : les habitudes, l’équilibre, la façon même d’exister ensemble.
Au moment où la disparition d’un aïeul bouleverse l’ordre établi, chacun cherche tant bien que mal à composer avec ce qu’il ressent. Les repères, même les plus ancrés, se fissurent. On croit connaître les visages du chagrin, mais face à la perte d’un grand-parent, les réactions se déclinent à l’infini. Certains s’enferment dans le silence, d’autres tentent d’avancer en gardant le cap, mais tous, à leur manière, traversent une zone de turbulences rarement anticipée.
Pourquoi le deuil d’un grand-parent bouleverse autant nos repères
La mort d’un grand-parent, c’est souvent un choc discret. L’absence creuse une brèche, pas toujours reconnue, mais profonde. Les plus jeunes comme les adultes ressentent ce départ comme la fin d’une époque : celle des histoires transmises, des souvenirs partagés, de la stabilité rassurante. Cette expérience n’a rien d’anodin ; elle impose à chacun un rythme, des émotions parfois difficiles à nommer.
Les fameuses étapes du deuil, popularisées par Elisabeth Kübler-Ross, déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation, ne suivent aucun scénario prévisible. Chez certaines familles, la tristesse s’étale au grand jour ; ailleurs, elle ronge en silence. L’incompréhension s’invite, surtout lorsque la relation avec le grand-parent était complexe ou marquée par la distance. Chacun porte alors une trace singulière de la perte, une cicatrice qui ne ressemble à aucune autre.
Quelques points clés aident à comprendre la diversité des réactions face à ce deuil :
- La façon dont on traverse le deuil dépend de l’âge, du lien avec la personne disparue, et du climat familial autour de la perte.
- Les différentes phases ne s’enchaînent pas toujours : un enfant peut garder sa peine pour lui, un autre multiplier les questions sur la mort, tandis qu’un adolescent manifestera son trouble par des insomnies ou un repli sur soi.
Quand un parent vacille, toute la famille peut vaciller avec lui. Le deuil, ici, n’est pas qu’une affaire individuelle : il s’impose à tous, recadre les liens, redéfinit les rôles et questionne la place de chacun au sein du foyer. L’aïeul disparu, pilier discret, laisse derrière lui une absence qui réorganise la vie de famille, jusqu’à la mémoire collective.
Quels gestes et paroles peuvent vraiment soutenir un proche endeuillé
Quand on veut épauler une personne plongée dans le deuil, mieux vaut miser sur la sincérité plutôt que sur les phrases toutes faites. Inutile de chercher à tout prix le mot parfait : parfois, la simple présence suffit, un geste, un regard, une main sur l’épaule. Dire « Je pense à toi » peut résonner plus fort que n’importe quel discours bien intentionné. Évoquer un souvenir, partager une anecdote sur le grand-parent disparu, c’est déjà lui donner une place, faire vivre son souvenir sans forcer le réconfort.
Dans certains cas, reprendre les habitudes familiales, même en les adaptant, aide à réintégrer un peu de normalité. Une promenade, un repas partagé, autant d’occasions d’ouvrir l’espace à la parole, ou au silence, selon le besoin du moment. Ce qui compte : ne jamais minimiser la douleur ni la tristesse. Accueillir ce qui se dit, ou ne se dit pas, sans détourner les yeux.
Pour apporter une aide concrète, voici quelques attitudes à privilégier :
- Pensez à la famille dans son ensemble : chaque membre traverse le deuil à sa façon, chacun a besoin d’être reconnu dans ce qu’il ressent.
- Laissez à chacun le temps dont il a besoin : il n’existe aucun calendrier pour « passer à autre chose » ou « tourner la page ».
Des approches comme la gestalt-thérapie ou l’hypnose ericksonienne peuvent aider ceux qui se sentent bloqués dans leur cheminement. Proposer une ressource, un contact, c’est ouvrir une porte, sans jamais pousser la personne à avancer plus vite qu’elle ne le souhaite. L’accompagnement le plus précieux se construit à travers la patience, la discrétion, et la fidélité des gestes simples.
Ressources utiles et accompagnements pour traverser cette période difficile
Lorsque le deuil s’installe, la sensation d’isolement peut devenir pesante. Pourtant, il existe de nombreux relais pour ne pas rester seul face à l’épreuve. Plusieurs associations, « Vivre son deuil », « Empreintes » par exemple, proposent des groupes de parole où l’on peut partager son expérience, écouter celle des autres, et retrouver un peu de souffle. Ces espaces d’échange offrent un cadre bienveillant pour mettre des mots sur la douleur et avancer, chacun à son rythme.
Se tourner vers un psychologue spécialisé dans la thérapie du deuil peut aussi faire la différence. Que ce soit au fil d’entretiens individuels, en famille ou via des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), l’accompagnement professionnel aide à apprivoiser les souvenirs douloureux et à reconstruire de nouveaux repères. Il est recommandé de choisir un praticien reconnu, inscrit auprès de l’ARS ou de l’Ordre des psychologues, pour s’assurer d’un suivi sérieux et adapté à la situation.
À Paris, certains hôpitaux comme la Pitié-Salpêtrière disposent de consultations dédiées spécifiquement au deuil. Pour ceux qui préfèrent un accompagnement à distance, des plateformes telles que PsyFrance ou Doctolib permettent de prendre rendez-vous facilement avec un spécialiste. La Maison des Adolescents, présente dans la capitale et dans plusieurs régions, accueille aussi les jeunes confrontés à la perte d’un grand-parent.
Voici les principales formes d’aide à disposition, selon vos besoins et votre histoire :
- Associations : soutien collectif, espaces d’écoute, échanges d’expériences entre personnes concernées
- Consultations individuelles : psychologue, psychothérapeute, psychiatre pour un suivi sur mesure
- Groupes de parole : lieu d’expression, sentiment de ne pas traverser l’épreuve seul
Nul besoin d’affronter la tempête sans relais. Le deuil, surtout lorsqu’il est partagé et accompagné, devient un chemin que l’on parcourt sans s’y perdre totalement. Parfois, l’apaisement se trouve juste derrière la porte d’un cabinet, dans la chaleur d’un groupe ou au détour d’une conversation inattendue.


